L’essor de ce style architectural entre 1890 et 1920 a transformé Helsinki en affirmant l’identité forte de la Finlande, anticipant puis traduisant l’indépendance du pays en 1917. Un siècle plus tard, la capitale portuaire a su se réinventer de nouveau, en se dotant d’infrastructures modernes pour accueillir au mieux les touristes et les entreprises pour l’organisation de leurs conventions et séminaires. Visite guidée de ses plus beaux lieux culturels, en brisant la glace de quelques idées reçues.
Fin 1981, le groupe anglais Venom publiait l’album Welcome to Hell considéré par d’aucuns comme l’acte fondateur du black metal. Ce n’était en réalité pas le cas, les premières pierres de ce style musical étant en réalité posées en 1984 par les Suisses de Celtic Frost et les Suédois de Bathory. Notons pour la bonne mesure (sans jeu de mot facile) que le black metal fera surtout florès en trouvant sa forme la plus aboutie en Norvège au début des années 1990 et que la musique dite metal connait depuis un grand succès en Finlande, des groupes du cru ayant connu un succès international (au-delà de Lordi, lauréat de l’Eurovision en 2006), tels que Stratovarius, Apocalyptica, Children of Bodom, Sonata Arctica, etc. Certains proposent une version intéressante et identitaire de folk metal (ou viking metal) à l’instar de Finntroll qui y intègre des éléments de humppa, genre musical ayant émergé dans le pays et combinant du jazz et du foxtrot rapide. Enfin et surtout, on se doit de citer Nightwish, originaire de Kitee, dans l’est du pays, qui s’est imposé comme la meilleure formation au monde de metal symphonique durant la période avec la soprano lyrique Tarja Turunen (1996-2004), avec en apogée final l’album chef-d’œuvre Once.
Ainsi l’incipit musical de cet article n’est-il pas dénué de sens et trouve résonnance dans le contexte finlandais, ceci d’autant plus que nous avons pu voir dans les rues de Helsinki le slogan marketing « Welcome to Hel », à destination bienveillante des touristes. Mais il ne doit pas y avoir là non plus de confusion, ni de contre-sens. La capitale de la Finlande n’a rien d’un enfer, bien au contraire. On n’y subit pas de fournaise mais, contrairement à une autre idée reçue, les températures n’y sont pas non plus froides, encore moins glaciales, pendant une grande partie de l’année. Aussi avoisinaient-elles 12 degrés Celsius lors de notre séjour de découverte fin octobre, soit égales à celles dans de nombreuses villes de France au même moment et, de surcroît, la présence du soleil rendait la météo encore plus agréable. Voilà donc qui bat en brèche un premier cliché. Nous avons pu constater que d’autres n’ont pas résisté non plus lors de notre visite de cette charmante ville portuaire, capitale à taille humaine d’un pays de 5,6 millions d’habitants, classé ces dernières années « pays le plus heureux du monde » selon une enquête internationale.

Cette notion du bonheur s’applique sans démonstration ostentatoire, « dans la beauté simple, et dans une vie qui semble équilibrée et sincère » comme le définissent les Finlandais. Ainsi repose-t-elle sur un art de vivre singulier au quotidien, qui constitue l’identité finlandaise appliquée autour du sauna omniprésent (inscrit en 2020 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco), de la gastronomie à la fois raffinée dans les divers restaurants haut de gamme voire étoilés de Helsinki, et simple dans les foyers exprimant dans l’assiette la proximité permanente des habitants avec la nature. De fait, la capitale finlandaise est à la croisée des chemins boréaux de la mer Baltique, des lacs et des forêts aux couleurs variant au rythme des saisons marquées. Faciles grâce à de nombreuses lignes de tramway, les déplacements urbains participent aussi à cette douceur de vivre dans la ville.
L’architecture bien sûr y joue aussi son rôle immobile et diffus, comme c’est le cas de nombreuses villes remarquables. L’essor de l’Art nouveau à la fin du XIXe siècle et au début du XXe a joué un impact déterminant dans l’identité de Helsinki. Caractérisé par la volonté d’unifier tous les arts (architecture, mobilier, verrerie, joaillerie, affiches) pour intégrer la beauté dans la vie quotidienne, ce style adopte des formes courbes, des tracés dynamiques, sinueux et asymétriques avec des inspirations, des applications et des appellations qui ont varié selon les pays et sous l’impulsion d’architectes devenus célèbres : Victor Horta en Belgique, Hector Guimard en France, Antoni Gaudí en Espagne, ainsi que Herman Gesellius, Eliel Saarinen et Armas Lindgren en Finlande. Contrairement à la fluidité florale en France, Belgique ou Espagne, ces trois architectes ont intégré du granit brut, des animaux, des formes médiévales et des contes traditionnels (notamment le Kalevala, grande épopée nationale). Désigné sous le nom de Jugendstil et étroitement lié au romantisme du pays scandinave le plus oriental d’Europe, l’Art nouveau est représenté à Helsinki par plus de 600 bâtiments, soit l’une des plus fortes concentrations du continent.

Si les habitants comme les autorités locales sont attachés à leur patrimoine urbain, ils affichent depuis quelques décennies une volonté d’inscrire leur cité dans une modernité dynamique. En 2016, Helsinki est ainsi devenue la première ville d’Europe à nommer un directeur du design. Aujourd’hui, les designers de la ville travaillent aux côtés de professionnels du domaine pour appliquer une approche transversale aux services publics, à l’urbanisme et aux infrastructures de la vie quotidienne. Cette volonté transparaît dans des projets tels que le pont Kruunuvuorensilta, conçu non seulement comme une infrastructure, mais aussi comme un nouvel élément du paysage urbain d’Helsinki. Le nouveau Musée d’architecture et de design, dont l’achèvement est prévu en 2030 et cofinancé par la ville d’Helsinki et l’État finlandais, constitue un autre investissement majeur dans cette démarche. Véritable pilier de la transformation du port sud d’Helsinki, il permettra de faire découvrir l’architecture et le design à un public plus large et créera un nouveau lieu dédié au patrimoine du design finlandais et à son avenir. Parallèlement, Helsinki continue d’investir dans son patrimoine architectural existant : des monuments tels que le stade olympique, le palais Finlandia (photo ci-dessus) conçu par l’architecte Alvar Aalto, icône de la ville, et intégrant une belle salle de concert, la piscine d’Yrjönkatu ont été soigneusement restaurés pour les générations futures. Le design fait également partie intégrante de l’activité socioéconomique de la ville. Le Design District Helsinki rassemble des studios, des galeries et des entreprises indépendantes, tandis que la Helsinki Design Week est un événement important chaque mois de septembre.
La réinvention de la ville en ce début de XXIe siècle a généré un dynamisme particulièrement sensible depuis la fin de la pandémie du Covid-19. Cela s’est concrétisé par une hausse importante, non seulement de touristes venus du monde entier - son aéroport international dessert 119 destinations dont 70 en Europe – mais aussi d’entreprises étrangères venues investir ou organiser leur convention et séminaire à Helsinki. À cet effet ont été édifiés des infrastructures d’accueil modernes répondant aux différents besoins ou budgets de location, qu’il s’agisse de son vaste parc d’expositions, de ses centres de congrès (dont l’un est classé au patrimoine mondial de l’Unesco) et de ses hôtels haut de gamme comprenant des salles de réunion et des installations dédiées au MICE). Dans cette interview à lire ici, Karoliina Ala-Opas, directrice de Helsinki Partners explique quels sont les atouts de la capitale au fil des saisons.
Quitte à céder au plaisir d’un jeu de mots facile, on peut ainsi parler d’un nouvel élan pour la capitale finlandaise, dynamique pour son avenir, fière de son identité et attachée à son cadre urbain et à ses traditions.
Ce site d’information ayant pour vocation de mettre en avant les lieux culturels et patrimoniaux, voici les plus emblématiques, voici ceux qui nous ont paru les plus intéressants, la liste étant bien sûr non exhaustive, Helsinki réservant de jolies surprises aux promeneurs curieux.

La cathédrale Ouspenski
C’est l’un des lieux qu’il faut absolument visiter à Helsinki et il est impossible de la manquer tant sa façade de briques rouges, ses toits verts surmontés de bulbes et croix dorés dominent la colline de l’île de Katajanokka et les quais fréquentés de la ville en contrebas. Création de l'architecte Alexis Gornostaiev, l’un des fondateurs du style néo-russe, elle est la plus grande église orthodoxe de l’Europe du nord et occidentale. Ses icônes et peintures sont magnifiques.

La cathédrale d’Helsinki et la place du Sénat
Cet édifice religieux luthérien est l’un des symboles les mieux identifiables de Helsinki et il forme la silhouette blanche de la ville depuis 1852. Flanquée de deux petits bâtiments élégants de même couleur, la cathédrale domine la place du Sénat, vaste esplanade pavée où se réunissent les habitants pour les grandes occasions et où se situent face à face le Palais du gouvernement et le bâtiment principal de l’Université d’Helsinki, avec au centre l’imposante statue d’Alexandre II. À côté de la cathédrale se trouve aussi la bibliothèque nationale de Finlande (photo ci-dessous). Sa belle coupole et ses salles de lecture jalonnées de colonnes méritent d’être visitées.

Temppeliaukio
Cette église luthérienne ne se distingue pas par sa beauté, mais par sa construction unique dans la roche massive par les frères Suomalainen en 1969, la rendant ainsi semi-enterrée.

L’île de Katajanokka
Si l’Art nouveau est présent partout dans la ville, ce quartier est celui qui permet d’en découvrir les immeubles les plus emblématiques (dans la rue Luotsikatu en particulier), caractérisés par les couleurs pastel des façades asymétriques aux formes arrondies et aux oriels remarquables (fenêtres en encorbellements faisant saillie). Le visiteur attentif remarquera les ornements imaginatifs et les jolis motifs de plantes et d’animaux inspirés par la nature finlandaise, qui ornent les portails, portes et corniches. Sur la rive sud de l’île se trouvent la grande roue, le complexe Allas Sea Pool avec piscine découverte et sauna, ainsi que le Solo Sokos Hotel Pier 4 comprenant un vaste lobby à l’agencement et au mobilier contemporain, une vaste terrasse offrant un beau panorama sur la ville et sur la mer Baltique (photo ci-dessus) et des espaces dédiés aux séminaires. Sur la rive opposée de l’île se trouve le port d'attache de tous les brise-glace de Finlande, principal pays constructeur de ces navires impressionnants.

Le musée Ateneum et le musée Sinebrychoff
Ses deux bâtiments constituent, avec le musée d'art contemporain Kiasma et les Archives des arts graphiques, la Galerie nationale de Finlande. Situé dans une belle bâtisse sur la place de la gare, le musée Ateneum (photo ci-dessus) conserve la plus grande collection d’art classique de Finlande, avec de nombreux tableaux de peintres finlandais, exprimant souvent l’importance accordée à la nature. Le lieu organise aussi des expositions temporaires intéressantes. Il faut compléter sa visite par celle du musée Sinebrychoff où, dans une magnifique demeure bourgeoise, sont exposées cette fois des œuvres des grands artistes étrangers - dont Cranach et Rembrandt - et de superbes pièces de mobilier d’époque. Longer Bulevardi, artère où il est situé, permet de voir des immeubles résidentiels et des ambassades aux formes remarquables. Les amateurs d’art contemporain trouveront par ailleurs leur bonheur dans les différents musées dédiés, dont l’Amos Rex et le musée d’art Helsinki HAM). Notons enfin que le Musée national est en rénovation (réouverture prévue pour le printemps 2027) et que celui du Design et de l’architecture n’est actuellement pas accessible dans son intégralité.

La gare centrale et sa place
Bâtie en 1914, elle représente l’une des belles architectures de son époque et son clocher vert est l’un des symboles de la ville, comme le sont les monumentales sculptures ornementales des façades dont les porteurs de lanterne en pierre (photo ci-dessus). Les halls intérieurs voûtés et aériens peuvent par certains égards évoquer le hall de la gare Grand central Terminal à New York. De ses quais partent les trains vers les destinations septentrionales de la Finlande, notamment Rovaniemi, capitale de la Laponie.

Sur la vaste place, en face du musée Ateneum, est érigée la bâtisse remarquable du Théâtre national (photo ci-dessous), inauguré en 1902 et plus ancien théâtre en langue finnoise (langue officielle - aux côtés du suédois – du pays et qui n’est pas d’origine indo-européenne mais ouralienne). Construit dans un style romantique national, très en vogue à l’époque, qui s’inspire du médiéval et de l’Art nouveau, il est souvent associé avec la statue de l'écrivain nationaliste romantique Aleksis Kivi qui lui fait face.
La place du Marché (Kauppatori) et le vieux marché couvert
Ouvert depuis 1889, on peut y acheter des produits nordiques mais aussi déjeuner des plats emblématiques de Helsinki, issus de la mer (soupe de saumon) ou des forêts de la région (l’excellent carpaccio d’élan, par exemple, des champignons appréciés des amateurs et les réputées baies variées telles que airelles, cassis, groseilles et autres endémiques).

Oodi, la bibliothèque centrale d’Helsinki,
C’est l’un des lieux de rencontre animés les plus appréciés des habitants. Situé sur la place Kansalaistori, en plein cœur d’Helsinki, il se distingue par la forme de son bâtiment très moderne et typiquement scandinave, composé de bois, de verre et de lumière naturelle (photo ci-dessus). Cet espace public non commercial est ouvert à tous. À l’intérieur, on y trouve des espaces de lecture calmes, des cafés, des salles de jeux, des studios de musique, des imprimantes 3D et des espaces créatifs. Oodi vient compléter le pôle culturel et médiatique formé par le Centre musical d’Helsinki, le Finlandia Hall, la Sanoma House et le Musée d’art contemporain Kiasma.
Jérôme Alberola
Visuels : © Urbi-Cultures / Stay Free (excepté sauna © Helsinki Partners)
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