Marquer l’esprit et la mémoire en étant invisible

Actualités - 20 mars 2026

Avoir du nez est une qualité efficace pour réussir dans ses projets, notamment dans le domaine professionnel. Mais, au-delà de l’intuition, l’expression peut aussi s’entendre littéralement, se sentir même en réalité, en faisant de l’odorat des clients un vecteur de distinction des hôtels mais aussi des entreprises et de leurs produits, pour laisser en mémoire le souvenir agréable d’une atmosphère ou d’une marque devenue identifiable, donc unique. Explications de Rémi Pulvérail, président fondateur de l’Atelier Français des Matières, qui en appelle à une meilleure prise de conscience de ce pouvoir de l’invisible.

Urbi-Cultures : Quel est votre parcours professionnel et quelle est la vocation de l’Atelier Français des Matières que vous avez fondé ?

Rémi Pulvérail : « Après vingt ans dans l’industrie du parfum, j’ai créé la société en 2015 avec pour objectif d’apporter une autre vision de la parfumerie, plus confidentielle, artisanale, et basée sur des arguments qualitatifs tangibles. Notre laboratoire est unique en France et il maîtrise toutes les étapes de la création et de la fabrication, depuis l’extraction des végétaux jusqu’à la mise en flacon de l’élixir. Nous créons aussi bien des parfums de peau que des signatures olfactives sur mesure pour des lieux (boutiques de luxe, hôtels…) dans le respect de notre Charte d’excellence, contraignante et transparente.

Urbi-Cultures : En quoi l’ambiance olfactive est-elle un vecteur d’identité et donc de distinction pour les établissements hôteliers ? Est-ce plus important à mesure que l’on monte en gamme ?

Rémi Pulvérail : Au même titre qu’un logo, la signature olfactive sur mesure représente et incarne un établissement. Elle apporte en outre une dimension sensorielle qui contribue à enrichir l’expérience client, et permet de générer des revenus complémentaires grâce à la vente de produits dérivés. Le raffinement d’un hôtel, au même titre de sa décoration, de son service, de ses prestations, se mesure également au travers d’une ambiance olfactive à la fois maîtrisée et raffinée.

Urbi-Cultures : Les directions ont-elles suffisamment conscience des enjeux de l’exploitation    du domaine olfactif pour leur séduction, notamment pour lorsqu’elles accueillent des séminaires et congrès ?

Rémi Pulvérail : Non, elles n’en ont aucune conscience ! Il s’agit souvent d’une dimension sensorielle considérée comme accessoire, et rarement traitée avec le sérieux et l’attention qu’elle mérite. L’impact olfactif est pourtant considérable que ce soit dans la génération de souvenirs, ou la sensation de confort ou de plénitude, dans un endroit visité qui par définition nous est étranger : il suscite ainsi automatiquement une forme d’analyse plus poussée que dans un lieu connu, et une ambiance olfactive séduisante ne pourra que contribuer à la sensation de bien-être des participants.

Urbi-Cultures : Comment procédez-vous pour élaborer des parfums exclusifs pour les hôtels ?

Rémi Pulvérail :  Nous rencontrons les gérants pour mieux comprendre le positionnement de l’hôtel, ses spécificités, son âme, ainsi que son ambiance. Il est aussi important de prendre en compte les matériaux de construction ainsi que la décoration. La signature olfactive doit être en cohérence avec les autres éléments du mix marketing, renforcer la personnalité et la singularité du lieu, tout en restant discrète et raffinée. N’oublions pas qu’une ambiance olfactive est par définition imposée, et non choisie par le client.

Urbi-Cultures : Procédez-vous de la même manière pour la création des parfums d’ambiance pour les entreprises et des parfums de peau exclusifs comme cadeaux à offrir ? Et là encore, les directions ont-elles selon vous suffisamment conscience des enjeux de l’exploitation du domaine olfactif pour générer une identité remarquable des sociétés et de leurs marques ?

Rémi Pulvérail : Le travail sur la création d’un parfum de peau est très différent d’un parfum d’ambiance. Le parfum de peau sera plus complexe et facetté, quand un parfum d’ambiance devra garder de la fluidité et du volume, pour ne jamais être perçu comme étant trop lourd, envahissant. » 

Propos recueillis par Jérôme Alberola

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