Rêver sur des lignes aériennes

Actualités - 23 avril 2026

Appliquant le principe du Bauhaus « less is more », Malika Favre, artiste française installée à Barcelone, a créé un style graphique audacieux, minimaliste et à la forte identité, puisant toujours sa source dans un récit puissant et visant à stimuler l'imagination, avec une pointe d'humour, une touche de sensualité et une réinterprétation du quotidien. Géniales de simplicité et de grâce, interpelant le regard émerveillé et l’esprit ébahi, ses nombreuses œuvres classieuses ont servi d’illustration pour des marques haut de gamme et des magazines de référence internationale. Un livre permet de voyager à l’envi sur ces lignes aériennes de couleurs vives.    

« La simplicité est la réussite absolue. Après avoir joué une grande quantité de notes, toujours plus de notes, c'est la simplicité qui émerge comme une récompense venant couronner l'art. » disait Frédéric Chopin, à qui a fait écho Miles Davis, l’un des plus grands jazzmen de l’histoire qui s’y connaissait lui aussi en musique, en demandant « Pourquoi jouer tant de notes alors qu'il suffit de jouer les meilleures ? »

« La simplicité est la sophistication suprême » prônait quant à lui Léonard de Vinci au tournant des XVIe siècle, devançant la comédienne anglaise Lily Jame estimant, à raison, que « l'élégance est l’association de la simplicité et de la grâce. »

Toutes ces citations pourraient résumer, chacune à sa manière, le travail de Malika Favre. Son talent aussi, qui confine au génie, non seulement par sa faculté d’avoir créé un style immédiatement identifiable au travers de lignes graphiques à la fois marquées et d’une légèreté confondante, et de couleurs vives combinées en d’étonnants contrastes, mais aussi par son aptitude saisissante à... saisir le regard et l’esprit du spectateur de ses œuvres qui stimulent l’imagination et interpellent comme le feraient des trompe-l’œil, ce qu’ils sont parfois.

Les tableaux de Malika Favre sont oniriques et ils évoquent souvent de beaux plans de cinéma. Ces deux notions s’expliquent peut-être par le fait que ses graphismes, pourtant d’une netteté et d’une précision étonnantes, invitent à y voir l’amorce de mouvements capturés, les plans de cinéma devenant alors des scènes de vie figées (le « s » s’impose car ces tableaux n’ont rien de funèbre), des instantanés qui, pour certains, semblent avoir été pris à la dérobée. Ce n’est sans doute pas une coïncidence si Malika Favre a réalisé des illustrations pour les Bafta (l’équivalent britannique des Oscars du cinéma américains).   

L’impression de mouvements est aussi générée par sa maîtrise aussi épatante que rigoureuse de ce qu’on pourrait appeler la géométrie artistique, y ajoutant souvent une charge poétique. Malika Favre relève d’ailleurs l’importance de la mathématique des formes et des espaces. « La géométrie est partout. Chaque être, plante, objet et même paysage peut être décomposé en formes basiques. C’est presque comme un langage codé que la nature, comme créatrice suprême, utilise pour construire le monde dans lequel nous vivons. En matière d’art, des hiéroglyphes égyptiens au Bauhaus, et de la Renaissance au constructivisme, les mêmes principes géométriques ont été appliqués pour essayer d’atteindre des compositions parfaites. »   

Un beau livre reprend une centaine des œuvres de cette artiste atypique en les répartissant dans neuf chapitres, dont l’un est consacré au voyage, faisant écho à la vocation d’Urbi-Cultures de marier les charmes de la culture et des voyages. Malika Favre explique d’ailleurs qu’ils sont essentiels dans son processus créatif tout en constituant une part importante dans sa vie. L’ouvrage montre notamment trois illustrations pour les hôtels Pullman.   

« Le voyage est essentiel dans mon processus créatif et une part importante de ma vie. (…) Dès que je suis devenue illustratrice indépendante, j’ai beaucoup voyagé (…) Naturellement, mes voyages ont influencé mes travaux. Les premières œuvres étaient inspirées par le sentiment même de voyager, avec des représentations idéalisées et imaginaires des lieux que j’avais visités (…) C’était une façon de m’évader de la réalité le temps d’une journée. Ce que me fascine le plus quand je découvre un nouvel endroit est de comprendre sa lumière. D’une certaine manière, cela façonne votre environnement, les couleurs que vous voyez, le goût des aliments et l’humeur des gens que vous rencontrez. La lumière est ce qui rend un endroit unique et en la mettant en image, j’utilise ce point de départ, essayant de créer une palette qui traduit l’ambiance de l’endroit. Mes œuvres de voyage résultent ainsi d’un mélange organique d’expériences, de photographies et de souvenirs ni totalement réel, ni entièrement imaginaire. »    

Le don exceptionnel de Malika Favre pour créer des univers uniques et des ambiances singulières lui ont valu de travailler pour Kuoni Voyages, Brummel, Sephora, The New Yorker, National Geographic, Vogue, Marie-Claire, Washington Post, Bafta, etc.         

Jérôme Alberola

Livre Malika Favre, éditions Counter-Print Books, 224 pages - Disponible sur son site internet et sur les plateformes de commerce en ligne.

Certains visuels illustrant cet article ne sont pas dans le livre mais extraits du site internet de l’artiste.           

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